Appel pour la liberté, l’égalité, et la fraternité, prononcé à Hénin-Beaumont le 24 Octobre 2011

A tous les Français,

Je lance en ce jour un appel pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

Le 24 octobre est un jour de symboles. Celui du jeudi noir, où le monde à découvert les méfaits d’une finance qui tue au lieu de créer de la confiance et de l’échange ; celui de 1940, où le maréchal Pétain allait serrer la main d’Hitler pour « ouvrir la voie de la collaboration », mais aussi celui où la Constituante a adoptée le premier symbole de notre République : le drapeau bleu-blanc-rouge.

Dans ce monde de crise perpétuelle, où l’on voit la menace et non l’opportunité, où le désert s’étend alors que l’on regarde ailleurs, je vous appelle à conserver toute votre générosité envers l’avenir, à perdurer la tradition du don de soi et de la lutte contre les injustices dans notre pays. Oui, la France court des menaces, du fait de l’évolution du monde depuis quarante ans. Mais nous pouvons, par l’espoir et l’énergie, renouer avec une France forte, exemplaire et prospère.

Ici, à Hénin-Beaumont, où un citoyen sur cinq est au chômage, où les services publics disparaissent les uns après les autres et où les élus ont trahi la confiance des citoyens, le Front national a recueilli 48 % des suffrages aux dernières élections municipales.

Ce parti démocratique porte des idées qui sont contraires aux valeurs de notre République indivisible, pour lui la rancune des uns doit étouffer le malheur des autres, pour mieux s’endormir dans la foi de l’inégalité et de la division nationale. Les Français sont davantage dupes que complices, car ils ne veulent pas tous supporter le poids de la vérité. Celle d’un monde qui change, d’un rayonnement à reconquérir. Alors, on se tourne vers le flou, le fumeux, le névrotique.

Lorsqu’on nous propose de faire allégeance au drapeau, ou qu’on demande aux préfets de maîtriser l’immigration professionnelle des étudiants étrangers en France, et que certains font de la démondialisation le thème d’une campagne qui se veut populaire, je mesure le chemin parcouru par le Front National depuis sa création, il y a près de quarante ans. Mais ne nous y trompons pas, Marine Le Pen n’est pas le visage de la France. C’est le visage du mélanisme de ces déclinologues qui font florès. Non, Marine Le Pen n’a pas le monopole de l’amour de la France. Ce sont trois valeurs qui font la force de notre pays, et sa beauté. Elles résonnent dans le Chant des partisans autant que dans nos cultures respectives. C’est la liberté, l’égalité et la fraternité. Poursuivons-les jusqu’à ce qu’elles s’accrochent de nouveau à nous, et à notre destin collectif.

Je suis moi aussi déçu par les décideurs de ce pays, et je veux faire entendre votre voix, Françaises et Français dont le désespoir ne trouve aucune offre politique crédible.

Votre choix aujourd’hui : la protestation ou l’abstention. Vous êtes offerts au populisme, et Marine Le Pen, fille spirituelle de Méline, de Boulanger, de Poujade et de son père, tient le pavé haut dans ce domaine. Les partis semblent résigner à lui laisser obtenir plus de 20 % de vos suffrages à la prochaine présidentielle, je ne le suis pas. Pour les français d’hier d’aujourd’hui et encore plus pour ceux de demain, je vous propose un autre choix que le Front national pour exprimer votre déception.

Je vous enjoins de sortir de la torpeur de ce pessimisme passif qui vous frappe, et qui sera forcément stérile. Les autres candidats proposent l’austérité, alors même que la France doit croire en son destin, investir sur son avenir et créer, innover et transmettre. Réalisons ensemble ce changement avec l’énergie créatrice qui est la nôtre !

Je m’adresse à vous depuis cette place Jean Jaurès, lui qui disait que « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques », que le courage « c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », lui qui aurait honte de la tartufferie de certains aujourd’hui devant le programme du Front national.

Dans mes dix prochains déplacements, là-même où vous êtes les plus nombreux à être séduit par le discours de Marine Le Pen, je m’appliquerai à le déstructurer point par point, pour que vous puissiez découvrir sa face cachée.

Je commencerai aujourd’hui par l’immigration. Lorsque Madame Le Pen traite les étrangers de « pompes aspirantes », elle ne refuse pas le communautarisme mais institue le rejet comme loi. Son père avait l’habitude de dire que celui qui a le bon diagnostic est le meilleur médecin. Mais lier l’insécurité et le chômage à l’immigration n’est pas un diagnostic, c’est un raccourci mensonger et dangereux. Oui, si la France élisait, les Le Pen nous plongeraient dans un Occident médiéval des croisades, de la chevalerie et de la culture matérielle. Ils se veulent le premier parti prolétaire de France, mais instaureraient un Etat de castes : le français contre l’étranger.

Toutefois, face à ce discours haineux, qui parle aujourd’hui du nécessaire apport culturel, économique, démographique des immigrés en France ? Au-delà des problèmes que nous connaissons, cessons cette malhonnêteté intellectuelle envers nos jeunes qui créée frustration et violence. Non, nous ne sommes pas des immigrés, nous sommes nés en France. Non, nos parents ne nous ont pas appris à haïr la France. Puisque l’éducation se fait par l’exemple, peut-on seulement concevoir l’effet pour un enfant de voir son père, son grand-père, dans un spleen permanent, comme un papier froissé, une vie de déracinement temporaire devenu un exil définitif ?

Lorsque je rencontre ces « esprits errants et sans patrie », ces retraités précaires, les « chibanis », ce qui me frappe c’est l’injustice.

Ils ont travaillé dur, ont mobilisé leurs forces pour s’intégrer malgré des conditions difficiles, et aujourd’hui ils semblent frappés d’anathème par les institutions, par les citoyens, et même par leurs enfants. Pour une raison : ne pas avoir renoncé à leur identité, leurs valeurs, leur vie d’avant la France. Quel splendide désastre, car ce qu’ils transmettront reste la plus grande richesse, la source de toute transformation dans nos quartiers les plus dévalorisés, isolés. Un jour, un de ces aînés de mon quartier, à Bron, m’a dit : « Il faut rester l’arbre à qui l’on jette des pierres et dont il tombe des fruits ».

L’esprit français doit être exactement ceci : la générosité en réponse à la violence symbolique, la force collective en lieu et place de la réaction isolée, les rêves mieux que les frustrations.

Pourtant, c’est en réaction qu’il y a six ans tout juste, les banlieues françaises se révoltaient. Mais ce ne fut pas une expérience de réussite collective pour nos jeunes, ce n’était pas une revendication sociale, un mouvement organisé, et qui les a écouté, une fois le soufflet retombé ? Les jeunes ne savent plus revendiquer le malaise de leur condition, car on ne leur laisse pas l’espace pour construire. Ils doivent le retrouver, d’eux-mêmes, dans ce que j’appelle le Serment des Jeunes de Paume. Je leur dis, « jeunes de tous les âges, unissons-nous ! » Et aujourd’hui, je vous appelle à vous réunir, tous les Français voulant répondre à la crise par l’action, par l’espoir et par la création.

J’appelle aussi Madame Le Pen à débattre avec moi de nos visions pour la France. Peut-être saura-t-elle vous éclairer alors sur son obscurantisme, elle qui fait du refus du progrès et de l’ouverture une politique à la mode, celle du repli sur soi et de la peur ?

En cette journée des Nations unies, « nous les heureux, les peu nombreux », nous avons le devoir de métamorphoser nos intentions et de les transmettre, de créer un climat de confiance, d’échanger, un nouvel esprit de Tolède, alors même que la morbidité de notre époque a créé un malaise généralisé, partagé au final par toutes les classes, tous les territoires, toutes les générations.

“ Là où croit le péril, croit aussi ce qui sauve », et nous devons trouver une issue en partant de nos forces, et non de nos faiblesses. Nous devons avoir une politique vivante, ouverte et riche, basée sur l’épanouissement personnel et sur la réussite collective. Nous devons réaliser l’Union sacrée pour contrer le Front national aux prochaines élections présidentielles, en se proposant un programme ambitieux et généreux. Nous devons renouer dans les faits, chaque jour et pour tous, avec nos valeurs éternelles : la liberté, l’égalité et la fraternité.”

Vive la République, vive la France !

Maxime Verner

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